, ,

Flat girls : l’histoire d’un destin tracé

Flat girls, aussi connu sous le nom แฟลตเกิร์ล ชั้นห่างระหว่าง เ ร า (Chan Hang Rawang Rao) est un film thaï produit par Claire Jiratsaya Wongsutin. Il est sorti le 06 février 2025 en Thaïlande et est disponible sur en France sur Netflix depuis le 12 mars 2026.

Flat girls poster officiel

L’histoire suit Ann (interprétée par Earnearn Fatima Dechawaleekul) et Jane (interprétée par Fairy Kirana Pipityakorn), deux amies d’enfance qui ont toutes les deux grandi dans un immeuble réservé aux familles de policiers.

Dès les premières minutes du film, le milieu social dans lequel les deux jeunes filles ont évolué se montre flagrant, notamment avec la scène du Tuk-tuk à la sortie de l’école. Alors que l’on pourrait croire qu’avoir un père au service de l’état se veut être une fierté, les appartement, eux, veulent nous faire croire le contraire, sans même la clim et ne disposant que d’une simple chambre pour loger une famille entière.

Malgré tout, une légère nuance se laisse transparaitre entre nos deux héroïnes. Alors que Jane, fille unique, semble avoir vécu sans manquer de l’essentiel, c’est bien moins le cas d’Ann, qui se voit porter de lourdes responsabilités du haut de ses dix-huit ans.

crédit : ghd

La première partie du film met en lumière la relation entre Jane et Ann, tout d’abord dépeinte comme une amitié sans faille. Ayant grandi dans un contexte social similaire et ce depuis toutes petites, elles montrent envers l’autre une confiance aveugle et n’ont pas de secret. Enfin, c’était très certainement le cas lorsqu’elles étaient enfants, mais l’adolescence a laissé ses traces, faisant naître avec elle le doute sur la nature de leurs sentiments.

Si cette évolution bouleverse leur relation, elle marque surtout le début d’un cheminement personnel pour Jane. A l’âge où l’identité de soi est en pleine construction, Jane se retrouve confrontée à des émotions qu’elle ne parvient à identifier, faisant naître un conflit profond sur la future adulte qu’elle désire devenir.

Sans oublier les changements physiques qui peuvent être vécu brutalement, surtout dans un contexte social où la place que l’on occupe dans sa famille est parfois difficile à associer à celle d’une enfant et d’une jeune fille qui aurait parfois besoin d’intimité afin de prendre conscience de son propre corps.

crédit : ghd

Ce questionnement sur l’identité de soi est encore soulevé avec l’arrivée d’un nouveau policier dans l’immeuble. Plus jeune et encore peu associé à une figure d’autorité, les enfants vont rapidement créer un lien avec lui. Bien que l’on puisse y voir une forme de lien fraternel dans un premier temps, celui-ci s’avère plus complexe et surtout plus ambiguë.

Il est d’ailleurs impossible de nier le malaise qui s’installe en nous lors du développement de ce personnage. Bien que la réalisation cherche à jouer la carte de l’émotion en retraçant un peu son histoire, en venir à la conclusion d’une simple envie de renouer une relation perdue avec sa propre fille serait se voiler la face sur quelque chose de plus malsain. A dix-huit ans, ne pas être en capacité de mettre des limites correctes dans une relation est normal, mais ce n’est en revanche pas excusable pour un homme qui a passé la trentaine.

Si Jane voit en lui un rivale amoureux, Ann quant à elle y voit un homme en capacité de répondre à ses inquiétudes d’avenir. Car il faut être honnête, Tong est un homme déjà installé dans la vie et gardant peu de rêves. Pour une jeune femme comme Ann qui a vu les siens se faire détruire par le poids des responsabilités, établir une relation avec lui revient à conserver cette place que la vie lui a imposée sans jamais prendre le risque de sortir de sa zone de confort (qui est simplement la limite de ce que l’on connait).

Malgré que le film n’explore pas plus la réflexion d’Ann, il est facilement imaginable que son souhait n’est pas réellement de construire une famille avec lui mais plutôt de se sacrifier afin de subvenir aux besoins de ses frères et sœurs et de leur ouvrir plus de possibilités pour leur avenir.

C’est d’ailleurs sur la question de sacrifice que le film se clôt. Alors que l’on pourrait croire que la fin se veut ouverte, il est pourtant difficile de laisser libre court à notre imagination quant à la possibilité d’une « happy end ». Pour autant, ce choix est intéressant car il a l’avantage de ne pas choquer le jeune public et joue également sur la vision que les enfants peuvent avoir de ce genre de situation. Concrètement, Ann est simplement partie et vit peut être même son rêve de devenir hôtesse de l’air. Pour autant, notre cœur d’adulte ne peut s’empêcher d’y voir une réalité plus dur et des enfances brisées par un monde injuste.

En conclusion, Flat girls est un film qui parvient à explorer des thématiques complexes en peu de temps, sans jamais chercher à les romantiser ni à les brutaliser. Si sa classification dans le genre Girls Love reste discutable tant nos héroïnes elles-mêmes semblent avoir dû mal à mettre des mots sur leurs sentiments, elle importe finalement peu au regard du propos du film. En choisissant de raconter avant tout le passage à l’âge adulte, les inégalités sociales et les sacrifices qu’elles imposent, Flat Girls livre un récit sensible, laissant à chacun la liberté d’y trouver sa propre interprétation.

Laisser un commentaire